Indonésie 2021 : dans les montagnes d’Ata Dei à Lembata

Aujourd’hui …on va très loin …et sur une route abominable …donc on prend la moto !!! La moto qui n’a rien d’une Kawasaki dernier cri …heureusement !!!

Lembata, anciennement appelée Lomblem, est la plus grande des îles de l’archipel de Solor. Il a trois volcans actifs et un dormant, Ili Api, qui domine le paysage au nord. Une grande partie de l’île est boisée, d’autres parties ont un sol fertile propice à l’agriculture.

Les missionnaires chrétiens sont très actifs sur l’île depuis les années 30. Ils ont beaucoup fait pour améliorer la santé et l’éducation, mais ont également éradiqué de nombreuses pratiques traditionnelles. Heureusement, le tissage n’a pas été attaqué, probablement parce qu’il était considéré comme utile pour garder les indigènes habillés et relativement inoffensif en termes de mauvaise conduite idolâtre.
Un vieux sarong adat de Lembata fait partie des textiles indonésiens les plus recherchés. Pourquoi cela est-il ainsi? Les ikats Lembata sont faits de coton grossièrement filé à la main, la palette de couleurs est limitée aux tons terreux foncés et la précision n’est pas leur marque de fabrique.

Alors, quelle est l’attraction? La réponse est probablement similaire à ce qui existe sur Alor: l’île est imprégnée de mystère car elle n’a joué aucun rôle significatif à l’époque coloniale, il y a un manque marqué de sophistication (une façon de dire que son art a une sensation primitive sans utiliser le mot interdit), et il a fait l’objet d’études impressionnantes – en l’occurrence trois.
À la fin des années 1920, Ernst Vatter, dans les années 1930 Alfred Bühler et dans les années 1990 Ruth Barnes. Tous les trois ont écrit sur les textiles de l’île avec une passion palpable, sinon de la crainte. Ils étaient impressionnés par la stricte adhésion des tisserands à adat , l’ancien système de coutumes et de tabous qui dictaient chaque étape de la production, le temps considérable investi dans la fabrication d’un tissu de mariée approprié (généralement des années) et l’idiosyncrasie de l’apparence générale des tissus. Il n’y a pas à confondre un sarong Lembata avec autre chose. Aussi, Ruth Barnes a écrit avec une fureur à peine maîtrisée sur la disparition, en raison des invasions consécutives par des marchands, de textiles vitaux pour le bien-être des communautés insulaires.

On va visiter un premier village où les gens sont super accueillants mais ils ne tissent pas…Leur village s’appelle Waipei…

Ils nous offrent des bananes et nous conseillent d’aller vers Lerek …beaucoup plus loin !!!

Sur la route pour aller à Lerek nous faisons un stop dans le village d’Atalajo …Tout un groupe de femmes est en train de tisser des senai : sarongs pour hommes…Les femmes portent des sarongs classiques Ata Dei très colorés …mais ce n’est pas ce que l’on cherche …

Pour admirer un sarong cérémoniel Ata Dei on nous envoie vers une autre maison …

Dans cette maison, une femme est également en train de tisser un senai…elle commence par nous montrer un sarong ancien, très coloré mais ce n’est pas ce que l’on recherche …

Elle va enfin chercher le sarong cérémoniel …très beau et très long

Les motifs du centre de ce sarong représente des raies manta qui ici ont une signification sacrée.

Le sarong ancien mais non cérémoniel est également décoré de raies manta.

Je suis très surprise de voir ces motifs de poissons alors que le district de Ata Dei est situé dans les collines …

Moku , ce motif de raie manta a une présence surprenante sur les tissages. Mais il s’avère des groupes de femmes font toujours du commerce avec les gens de Lamalera.

Elles perpétuent la tradition sacerdotale du commerce par voie de troc, en tant qu’obligation coutumière des femmes Lamalera.

Ce groupe de femmes marche du village de Lamalera sur le rivage, en haut de la colline la nuit pour troquer de la nourriture, une forme traditionnelle de commerce. Souvent, elles apportaient du poisson en échange de maïs et d’autres produits du jardin. À partir de là, on peut comprendre l’émergence de motifs de raie manta qui apparaissent dans les wastra. Des motifs qui montrent des relations sociales avec les humains, le commerce des sources de nourriture, une relation harmonieuse avec Tana Ekan (terre et terre) qui y vivent.

Une jeune fille vient me trouver et me propose de venir chez elle pour voir son sarong de mariage …Sur le chemin je vois quelques sarongs classiques utilisés pour la vie quotidienne en train de sécher sur les haies…le dernier , très simple est destiné aux hommes …

Cette jeune fille très sympa me montre tous les sarongs anciens de la famille y compris le fameux sarong cérémoniel qui est magnifique !!! Elle l’a reçu de ses parents pour son mariage …son mari essaie de me le vendre pour 500 euros mais je refuse car c’est un héritage très important pour leurs traditions…

Sur tous les sarongs, de nombreux motifs de raie manta…

Sur le dernier sarong, un motif de bateau dans le haut et le bas du sarong !!!

Nous repartons vers Lerek …la route est toujours aussi défoncée et pour ne pas changer, il pleut !!!

Nous arrivons à Lerek …on a un peu de mal à trouver des tisserands car tout le monde est parti travailler aux champs…

Le premier sarong qui nous est présenté, a en son centre un motif « oeil de poisson » qui rappelle le motif « patola » indien.

En haut et en bas du sarong, à l’intérieur d’un triangle qui représente une maison traditionnelle, il y a un motif Tenar (bateau), pourrait être lié à des histoires à travers les générations sur les origines de leurs ancêtres qui venaient de diverses régions, y compris Luwuk (le plus ancien site de Bugis, à Sulawesi), Sina Jawa (des gens qui venaient de l’ extrême ouest comme la Chine, Java .). Les ancêtres sont toujours mentionnés dans chaque cérémonie traditionnelle.

Je suis étonnée de voir sur l’envers du sarong cérémoniel suivant, que les franges sont d’une part très courtes d’autre part non coupées.

Lorsqu’un textile est tissé sur une contre-tension ou tout autre métier à tisser sur une chaîne circulaire continue, il arrive un moment où le tissage est presque terminé, mais les autres chaînes non ouvragées sont devenues trop courtes pour pouvoir continuer à passer la navette à travers la remise ouverte. Le tisserand s’arrête normalement à ce point, retire le tissu du métier à tisser et coupe à travers les chaînes non ouvragées, laissant un morceau de tissu rectangulaire avec des chaînes lâches à chaque extrémité. Cela peut ensuite être façonné pour faire un sarong une couverture frangée ou un autre article comme désiré.

Beaucoup de tisserands Lamaholot se réfèrent à cette section de chaînes non ouvragées comme le rata ou le revot, bien que dans le Mingar oriental ils disent parfois serewot et sur Ata Déi ils disent wunuren. Dans Lamaholot rata, ou dans certains dialectes ratan, signifie cheveux.

Si le tissu est destiné à faire un sarong, le rata ou revot dans chaque panneau est coupé, les deux panneaux sont joints bord à bord et les extrémités coupées sont jointes avec une couture roulée. 

Cependant dans de nombreuses régions de Lamaholot sur Lembata, y compris Lamalera, Mingar oriental et Ata Dei, et aussi dans certaines parties de Flores Est, il était – et dans certains cas et il l’est toujours – essentiel qu’un sarong de dot de mariage soit fabriqué à partir de deux longueurs de tissu continu dans lequel le rata ou le revot reste intact. Une telle jupe peut être utilisée pour une contre-dot non seulement une fois, mais à plusieurs reprises. Cependant, une fois ces chaînes coupées, elles ne pourront plus être utilisées à cette fin.

Pour terminer le tissage il est impossible d’utiliser la navette …les femmes doivent donc terminer le tissage avec une aiguille …

De toute évidence, pour certaines de ces communautés, le rata a des propriétés semi-sacrées. 

Dans une partie d’East Flores, on dit que les poils de rata représentent les fils de la parenté et de la descendance . Ruth Barnes a plus tard décrit la chaîne non coupée comme le « fil de la vie » . Selon elle, les marchands ou les collectionneurs qui coupaient ces chaînes rendaient le tissu littéralement sans vie, le transformant d’un héritage culturel rituel en un objet d’art mort.

Je suis émerveillée par toutes ces magnifiques pièces de tissage …pour se changer les idées, Jansen me propose de prendre une nouvelle route avec des paysages magnifiques …

Seul problème, la route n’est pas terminée et nous devons faire le chemin inverse …mais cela valait le coup d’essayer !!!

Sur la route du retour nous nous arrêtons dans un dernier village : Lamaheku où nous rencontrons des dames absolument adorables … Je commence par refuser un verre d’arak …les problèmes intestinaux étant vraiment ma spécialité.

Elles nous montrent tous leur trésors et j’ai la surprise de voir un motif différent représentant des humains qui s’appelle le motif Ata …Ata dei veut dire homme debout ..

Ce motif humain se tenant par la main rapelle la danse Dolo-dolo où l’on se tient par la main et la convivialité du peuple Lamaholot.

Le motif d’un homme se tenant la main est généralement une image alternée d’un homme et d’une femme. Une image qui implique la solidarité, un esprit de réconciliation et de coopération entre les hommes et les femmes, il n’y a pas de discrimination de genre ici. Les motifs humains, appelés ata , ne peuvent être tissés que par certaines personnes.

Ce motif implique l’importance de relations harmonieuses entre les personnes. De plus, ce motif peut être retracé en relation avec le rituel de «réconciliation».

Le rite de réconciliation est une véritable expression de la vertu de la vie du peuple Lamaholot (Adonara) qui défend les valeurs humaines. La philosophie d’Atata met l’accent sur la civilité, l’humanité et les coutumes. Cette philosophie motive chaque Lamaholot, y compris les belligérants, à toujours défendre l’humanité.

Le tissu à motif Ata ne peut être tissé que par certaines personnes qui héritent de ce don par la lignée maternelle. Les tisserands qui héritent de cette concoction à motif de cravate sont obligés d’observer l’abstinence à vie de certains aliments : ne mangez pas de riz noir, de canne à sucre noire et de poisson congelé.

On quitte ces femmes charmantes avec regret mais il faut mieux faire cette route complètement défoncée avant la nuit !!!

Voilà mon voyage à Lembata est terminé et voilà un endroit que je quitte à regrets surtout la région d’Ata Dei ou je voudrais bien approfondir ma connaissance des textiles !!!

Retour à Larentuka pour prendre un avion pour Timor …

Publié le 24 juin 2021, dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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