Indonésie 2021 : les mystères de la dot à Larentuka Flores

Déjà …2 images de notre retour en catastrophe de Solor …mais le paysage est si beau que même si on n’a pas dormi cela apaise !!!

Aujourd’hui super challenge !!! j’ai décidé d’essayer de comprendre le système de dot des Lamaholot auquel personne ne comprend rien !!!

J’essaie modérément d’embêter Ridwan sur le sujet mais comme il vit séparé de sa femme, le sujet semble un peu tabou …je me demande un moment si les règles sont différentes entre les catholiques et les musulmans …mais en approfondissant le sujet son petit frère a du se procurer des défenses d’éléphant …donc le système est toujours actif …

On commence par repasser par Blepanawa ..mais la vieille dame est absente ce qui fait que l’on reste un peu sur notre faim …

Passage à Lewokluok avec pratiquement le même résultat : on nous montre un beau Kewatek Méa mais qui n’a rien de »kapas » car réalisé avec le coton du marché …

Les Kewatek Méa sont mes tissages préférés : d’abord ce sont ceux qui ont le plus de valeur…et ce sont ceux qui a mon avis sont les plus intéressants car ils comportent les symboles du clan propriétaire …

On continue vers Bentala où malheureusement plus personne ne tisse les Kewatek traditionnels …Pourtant notre hôtesse cultive encore le coton…elle le file et le teint à l’indigo …Mais les sarongs présentés ont descouleurs tellement vives que cela ne laisse aucun doute sur l’origine chimique des teintures !!!

En insistant beaucoup, elle nous montre un morceau de Kewatek Nowin et un morceau de Kewatek Méa très abimé … J’ai l’impression d’arriver à la fin de quelque chose et cela me rend un peu triste …

On finit par relancer cette charmante dame sur le tissage Tenepa qui est le nec plus ultra de la région …mais là aussi …déception …elle nous apporte un tissage avec motif mais réalisé en coton du marché …rien d’extraordinaire

Comme je ne suis pas bretonne pour rien …on décide d’aller dans le village de Baipito qui est reconnu comme la Mecque du tissage de la région …

Les femmes sont très bruyantes et agressives commercialement …heureusement elles vendent à des prix prohibitifs …donc il est plus que facile de refuser toutes les offres

Par contre elles sont super professionnelles pour nous expliquer toutes ces histoires de dot …

Les bases de l’échange sont complexes …la famille du garçon doit fournir des défenses d’éléphant d’une certaine taille et en échange, la famille de la femme doit fournir un certain nombre de tissages, filés à la main, teints de manière traditionnelle …c’est à dire kapas ….dont la valeur doit compenser le prix des défenses …

Première remarque les défenses d’éléphant sont relativement symboliques …elles datent du moment où les échanges entre les Lamaholot et les rajahs indiens étaient relativement importants … Elles sont en général très anciennes et font partie de l’héritage de la famille …Elles peuvent être remplacées par du cash en cas de non disponibilité …

Les tissages font partie de la culture Lamaholot et sont réputés pour leur qualité …les prix sont parfois très élevés car la technicité nécessaire est importante …

À Flores, il est reconnu que le tissu offre un aperçu des gens et des communautés de la région. Le processus de transformation est une activité culturelle riche en valeurs et en sens. Les motifs symbolisent la cosmologie et dépeignent les origines et la nature dévote du peuple de l’Est de Flores.

Dans les mariages Lamaholot, il est de coutume d’accueillir les mariés en mettant un morceau de tissu autour de leurs épaules. Les motifs de coton représentent l’espoir de croissance et de bonheur, tandis que le mayang lontar (fleur de palmier) symbolise la fertilité.

Lorsqu’un décès se produit, le défunt est enveloppé de couches de tissu tissé avec des motifs qui représentent la guidance et le voyage vers l’au-delà.

D’autres motifs incluent Ula Age et l’Ile Mandiri comme symboles d’espoir, Niwan qui représente la force et Kelisin qui parle de sincérité.

Avec les motifs, les couleurs sont choisies avec un but. Noir dans le motif Wulanggitang signifie protection, rouge est le courage, tandis que jaune est significatif de la santé et l’intelligence.

Dans le passé, la dignité d’une femme était mesurée par son habileté à tisser, car l’activité nécessitait de la compréhension, de la patience et de la tendresse.

Les valeurs de l’échange de dons dépendent principalement du statut social des deux familles
Pour une fille de chef, ce sera plus grand que pour la fille d’un homme simple.
Vatter a donné l’exemple d’un porteur qui n’était pas encore marié parce qu’il n’avait pas de défenses
(1932, 77). Pour se marier, il aurait besoin d’une énorme défense de bala huut d’environ 1,8 à 2,0 mètres
longue, vaut au moins 300-400 florins, ou plusieurs plus petits, avec deux
ou trois chèvres et des porcs.

La contre-prestation serait composée de plusieurs sarongs féminins, d’une valeur d’environ un tiers de la fortune des jeunes mariés.
Au moment de la visite de Kennedy, le nombre de défenses d’éléphants en circulation était beaucoup plus important
Les chefs de clan ont tout fait pour que les défenses restent dans le village et ne soient pas exportées ailleurs.

En 1950 Wailolong et Lewoloba avait environ 25 défenses qui ont été considérées juste suffisantes pour maintenir le système matrimonial Le clan d’un homme avait besoin d’un minimum de 5 défenses mais pour
Riang Kemie ils n’en avaient besoin que de trois.

Pour les hommes plus pauvres, les clans utilisaient des défenses virtuelles,
ne jamais transférer les vraies défenses d’une famille à l’autre
« faire le transfert dans leur tête » . En tant que système circulaire d’alliance matrimoniale, cette organisation
a progressé, il a été supposé que les anciennes dettes seraient progressivement apuré. Toutefois, dans le
à long terme, le prix de la mariée devait être payé, même s’il a fallu deux générations pour le faire

Aujourd’hui encore les défenses sont utilisées mais sont devenus de plus en plus rares et sont souvent remplacés par des espèces.

Néanmoins, le lien entre la valeur d’échange du mariage d’une défense et d’un paréo de mariée s’applique toujours.

Ainsi, pour Lewohala:

un kewatek kenuma peut être échangé contre une défense légar avec une longueur s’étendant de
le bout des doigts jusqu’à l’aisselle,
un kewatek Mowak peut être échangée contre une défense bedori, avec une longueur s’étendant de
le bout du doigt à l’épaule opposée, tandis que
un kewatek Méa peut être échangé contre une défense de balarai avec une longueur s’étendant de
d’un bout à l’autre du doigt.
Pour être échangé contre une défense d’éléphant le kewatek doit avoir un rewot complet. C’est à dire les fils de trame à l’arrière du tissage qui ne doivent absolument pas être coupés sous peine de perte totale de valeur du tissage…

A Baipito on utilise 5 types de tissages qui sont les suivants dans l’ordre décroissant de valeur

N1 Kewatek Méa

N2 Kewatek Mowak

N3 Kewatek Kenuma

N4 Senai Méa pour les hommes

N5 Senai Nowin pour les hommes mais a priori ne faisant pas partie de l’échange …

Je ressors de là avec un gros mal de tête …mais on ne laisse pas tomber l’affaire et on continue jusqu’à Wailolong …le village d’à coté où je craque pour un beau Kewatek Kenuma à un prix très abordable …On me montre un Kewatek Lamakera que je trouve strictement identique au Kenuma …j’ai des progrès à faire !!!

Nous n’avons toujours pas trouvé le Tenepa …la rolls locale et on nous parle d’un autre type de sarong …le Kewatek Makassar qui a un niveau équivalent au Kewatek Mowak

On essaie donc une autre famille de tisserands en espérant que les choses s’éclaircissent … mais comme chaque village a des spécificités le mystère devient de plus en plus opaque …En tout cas une chose est sure aucun de ces tissage n ‘est « kapas » soit filé à la main et teint traditionellement …

On nous présente quelques ceintures traditionnelles appelées Met ….sans être pro …une chose est sure …elles sont tissées en coton du marché et les couleurs très vives sont absolument artificielles !!!

Ridwan reçoit un appel téléphonique d’un ami qui tient une supérette et qui a un Kewatek Makassar à nous montrer … Je commence à voir quelques différences .. Le Makassar a une dominante plus rouge que le Mowak qui a une valeur semblable …

Dans une autre maison, un Kewatek Méa très sympa …et un Kewatek Lamakera …tout cela devient trop compliqué …d’autant plus que le Kewatek Lamakera utilise de moins en moins de teintures naturelles

Après cet inventaire où pour des notions de fiabilité de mes connaissances ….Je reste aux grands classiques On s’offre une délicieuse soupe de poissons locale …Je fais bien d’en profiter car ce qui m’attends est relativement terrible !!!

Publié le 5 septembre 2021, dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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