Vietnam Centre 2022 : belle rencontre avec les Mnong !!!

Les Mnong ou M’nong sont un groupe ethnique du Viêt Nam dont la population totale est estimée à plus de 200 000 personnes (2010).

Ils sont régulièrement assimilés à un groupe plus vaste dénommé Moï (ou Moye), Proto-Indochinois ou Montagnards, par opposition aux Vietnamiens. Toutefois ces noms ne sont pas des ethnonymes. L’appellation moï, par exemple, n’est qu’une francisation du vietnamien Moï, terme péjoratif à l’égard des minorités pouvant se traduire par « barbare, sauvage ».

Pour les rencontrer nous allons jusqu’au lac de Ko Làc qui a trouvé une vocation un peu touristique en organisant des promenades en bateau sur le lac et aussi à dos d’éléphants.

L’ethnie Mnong de la province vietnamienne de Dak Lak vit avec les éléphants depuis plus de mille ans . Les Mnong considèrent les éléphants comme des membres précieux de la communauté villageoise . Ils s’occupent d’eux comme de la famille. Chaque année, le peuple Mnong organise une cérémonie pour prier pour la bonne santé continue des éléphants .

Au cours du premier mois du nouvel an lunaire, les Mnong effectuent un rituel pour prier pour la santé de l’éléphant . Les tribus Mnong existent également dans la province de Bình Phước au sud du Vietnam et au Cambodge, mais elles n’ont aucune relation connue avec les éléphants.

En tout cas la première image que j’ai de ce village est justement un éléphant qui attend paisiblement près de la plate forme qui permet de grimper sur son dos.

Ma première impression dans le village que je parcours sous la pluie est que les Mnong vivent dans des maisons longues similaires à celles des Ede.

Et effectivement en discutant avec des villageois, ils conviendront que leur habitat est similaire …

On peut diviser les Mnong en trois groupes ethniques :

Les Mnong du centre : ils sont environ 88 000 dans les provinces de Đắk Lắk et de Lâm Đồng, dans les hautes-terres du centre ; ils sont chrétiens pour la plupart ;
Les Mnong de l’Est : environ 76 000 personnes dans ces mêmes provinces des hautes terres du centre ;
Les Mnong du Sud : leur nombre s’élève à 55 000 environ dans la province de Bình Phước dans le Vietnam du Sud-Est. Un certain nombre de Mnong vit aussi dans la province orientale du Cambodge, la province de Mondol Kiri.

Histoire de ne pas déroger aux activités locales, je pars de bonne heure faire une ballade en bateau …

Pas beaucoup d’oiseaux même tôt le matin…Quelques pêcheurs qui frappent l’eau avec leurs rames pour rabattre les poissons dans leur filet. Et un éléphant qui sort du bain.

Contrairement aux vaches sacrées en Inde ou aux chats de l’Égypte ancienne, les Mnong de Dak Lak ne vénèrent pas les éléphants comme des dieux. Au lieu de cela, les éléphants entrent dans la communauté Mnong en tant que parents. Au sein de la famille, les parents appellent l’éléphant « fils » ou « fille », et les enfants voient l’animal comme un frère.

Y Kham Sel et Y Vinh vivent en famille depuis plus de deux décennies. Y Kham Sel a maintenant 25 ans, d’âge moyen pour un éléphant d’Asie en bonne santé .

Les éléphants d’Asie peuvent vivre jusqu’à 48 ans lorsqu’ils sont détenus en captivité. Dans la nature, ils pourraient vivre jusqu’à 60 ans, selon les données recueillies par National Geographic .

« Je suis très heureux d’avoir mon propre éléphant mais je me sens triste en même temps », a déclaré Y Vinh.

« J’ai peur que mes enfants ne voient plus d’éléphants à l’avenir. [Si cela arrive] je ne sais pas de quoi ils peuvent être fiers… parce que pour notre groupe ethnique, pour les habitants des Highlands, l’éléphant est le symbole de notre culture .

« Mais, maintenant, nous perdons la forêt de jour en jour et nous perdons les éléphants en même temps. Si un jour les éléphants disparaissent tous, nous perdrons aussi la culture de la tribu M’Nông », poursuit Y Vinh.

Y Vinh n’est pas le seul à craindre que les éléphants ne soient bientôt plus qu’un souvenir au Vietnam. L’éléphant d’Asie a été mis sur la liste des espèces menacées. Malgré les efforts de groupes d’activistes tels que la Wildlife Conservation Society pour les protéger.

Effectivement les éléphants sont complètement intégrés dans la vie locale …personne ne s’en étonne même pas les vaches dont le troupeau cotoit ces grands animaux.

Habitants originels de l’Indochine, ils furent progressivement repoussés dans les montagnes et leur culture fut anéantie au xive siècle par l’expansionnisme des Viets du Tonkin et d’Annam. Le terme « Moï » signifie « sauvage » en vietnamien et désigne péjorativement et indistinctement les ethnies de la cordillère annamitique (Bahnars, Djarais, Rhadés, Sédangs et Mmongs).

Leur royaume de Champā, dont les cités sacrées comme Mỹ Sơn rivalisaient en beauté avec Angkor, a été cité par Marco Polo.

Les Cham …mon prochain voyage au Vietnam…

En attendant j’ai beaucoup de chance car j’ai trouvé des volontaires pour poser avec le costume traditionnel !!!

Je constate que là également le costume est très similaire à celui des Ede.

Le costume masculin avec un empiècement rouge en tissu est celui de tous les jours. Lorsque cet empiècement est réalisé en cordelette rouge, il s’agit d’un costume de cérémonie.

Le costume de la femme est également proche de celui des Ede mais en plus décoré et plus coloré …je repartirai d’ailleurs avec ce joli costume !!!

En couple….

Notre gentil couple se propose de nous faire une démonstration du pilonage du riz…

L’exploitation forestière et le développement rapide ont envahi les habitats des éléphants au Vietnam. Au fur et à mesure que les terres forestières diminuent, les éléphants sont chassés de leurs terres naturelles. La chasse aux éléphants pour l’ivoire, bien que désormais illégale, a également considérablement réduit la population d’éléphants.

Il est difficile de quantifier le nombre exact d’éléphants sauvages d’Asie vivant encore au Vietnam. Cependant, Wild Welfare , une organisation visant à aider les animaux en détresse, et EleAid, une fiducie pour la préservation des éléphants, ont estimé le nombre à seulement 60 à 100 éléphants à l’état sauvage .

Aujourd’hui, le plus grand troupeau connu au Vietnam se trouve dans la province de Dak Lak. Il est composé d’environ 15 à 20 éléphants seulement.

En réponse à cette crise, les Mnong ont créé une loi de protection des éléphants. La loi stipule que si un éléphant est en mauvaise santé, les villageois doivent prendre le temps de s’en occuper. Ceux qui abusent, mangent ou tuent des éléphants seront lourdement punis. Les Mnong considèrent qu’un éléphant a la même valeur qu’un être humain. Par conséquent, tuer intentionnellement un éléphant est considéré comme un meurtre. Malheureusement, cette loi ne protège pas tous les éléphants du Vietnam. Il n’est édicté que par les Mnong, qui comptent à peine plus de 100 000 personnes.

Un dernier tour dans le village pour visiter une maison Ede.

L’avant de la maison est une pièce commune, un genre de salon ou salle à manger…les chambres sont à l’arrière de la maison et c’est cette partie qui est rallongée à chaque fois qu’une fille se marie.

Le noyau de la société est la famille. L’organisation sociale est de type matrilinéaire et exogame. Les enfants portent le nom du clan de leur mère. La transmission des biens se fait de mère en fille. Le mari vient habiter chez les parents de sa femme. Les vestiges de levirat (la veuve épouse son beau-frère) et de sororat (l’époux épouse sa belle-soeur) peuvent être visibles encore. Par contre la transgression de la règle d’exogamie est ressentie comme le crime le plus grave et attire des sanctions sociales (tabou de l’inceste). Un jeune homme doit se renseigner sur le clan auquel la fille appartient avant d’entamer le mariage. L’exogamie renforce la parenté et tisse un réseau d’alliances qui permet à l’espace social restreint qu’est le village de respirer. Cela facilite l’hospitalité lorsqu’on sortira du village en cas de voyages d’échanges commerciaux.

Ce type de relations peut être établi et entretenu par une institution prestigieuse connue comme « l’échange des sacrifices » (ou tam bôh) permettant de créer une alliance privilégiée entre deux individus (ou joôk ) et leurs familles. Il y a un rituel auquel participent non seulement les joôks (amis fidé-jurés) mais aussi leurs villages respectifs. Le souci de l’égalité des échanges est visible dans le rituel: le nombre de buffles immolés dans le village de l’un doit être égal à celui que l’autre va offrir en retour dans son village. De même les cadeaux que l’un a reçus doivent être d’égale valeur et semblables que ceux qu’il donnera en retour à l’autre (son ami fidé-juré). Même dans le festin, les parts de viande de porc fournies par l’hôte organisant le sacrifice devront être de même taille que celles offertes par son « hôte partenaire » lors de la première cérémonie d’échange organisée en son honneur dans l’autre village. Pour arriver à ce stade de relations, les jôoks doivent recourir à des entremetteurs. Dans la conception d’échange des Mnong, il faut toujours un entremetteur que ce soit l’échange entre les hommes ou entre l’homme et les génies. Dans ce dernier cas, l’entremetteur n’est autre que le chamane (ou njau mhö). Parfois, on a besoin d’un guérisseur ordinaire (njau) pour une maladie bénigne.

Chez les Mnongs, le mot « échange (ou tam) » est très employé dans leur langue courante. Le mot « tam » est suivi toujours par un autre mot pour préciser le type d’échange.

tam töör : échanges amoureux, être amoureux.
tam löh : échange des coups ( se battre)
tam boo, tam sae: échange d’époux, alliance matrimoniale, se marier
tam boôh: échange de flambées, grand sacrifice d’alliance
tam toong: échange de chansons etc…
Échange d’entraides et monnaies alternatives
L’échange joue un rôle pivot dans la vie quotidienne des Mnong. On s’aperçoit que l’échange n’est pas non seulement au niveau des biens mais aussi au niveau de la main d’œuvre sous forme d’entraide dans les travaux de construction aussi bien que dans les travaux agricoles (défrichement, moissons etc …). Il y a toujours un souci d’échange égalitaire. Chaque équipe devra passer un temps égal sur le champ de chacun des membres du groupe. Si l’échange de main-d’œuvre est simplifié par le même nombre d’heures que chaque équipe doit fournir, il est un peu plus compliqué quand il s’agit de biens car les Mnong ne disposent pas d’un étalon unique comme l’euro ou le dollar. Dans l’évaluation des objets d’échange, ils sont obligés de recourir à des étalons de valeurs multiples utilisés dans leur société: petites jarres sans col (yang dam), jarres anciennes, jupes suu sreny, porcs, buffles, gongs etc.. Ceux-ci sont aussi des moyens d’échange et de paiement des biens acquis. On évalue l’objet d’échange à la valeur convenue de sorte que le total d’échange équivaut à cette valeur. Parfois pour une valeur convenue, on se retrouve soit avec deux buffles de taille moyenne, soit un buffle et une jarre ancienne ou encore une grand couverture et douze petites jarres sans col etc… Cela ressemble énormément à notre système de paiement du prix de la marchandise en grosses coupures ou en petite monnaie.

La monnaie multiple
Étant utilisés à la fois comme des étalons de valeurs et des moyens de paiement, ces biens sont de véritables monnaies que l’ethnologue G. Condominas a désignées sous le nom de « monnaie multiple ». Malgré cela, ces biens continuent à garder avant toute considération monétaire, leur utilisation initiale. Les jarres servent de récipients pour la confection et la consommation de la bière de riz tandis que les gongs sont des instruments de musique qu’on sort pour les grandes occasions. De même, des jupes, des couvertures et des marmites de métal font partie des objets usuels de la vie quotidienne.

Le rôle de l’entremetteur dans un marché sans écriture
Malgré l’échange prenant des formes multiples, il y a toujours une distinction très nette dans le vocabulaire mnong pour les notions d’achat (ruat) et de vente (tec). Une fois l’échange conclu, il y a le prix du courtage que l’acheteur (croo ruat ) doit payer à l’entremetteur. Le vendeur ( croo tec ) ne donne rien à l’entremetteur (ndraany) qui recevra parfois un cadeau modeste de la part du vendeur pour une question de gentillesse et de gratitude. Il y a deux jarres dans le montant du courtage: l’une pour payer l’entremetteur et l’autre d’une moindre valeur pour la sécurité de la route par une cérémonie rituelle Dans le cas de la vente d’un jeu de gongs plats, la première jarre ( yang mei ) sera de grande taille et la seconde, une petite jarre sans col. De plus, l’acquéreur doit donner des cadeaux au porteur (ou compagnon de route) pour ramener les achats. Il y a un protocole à respecter dans la conclusion du contrat. Celle-ci se manifeste par le sacrifice d’un animal consommé sur place et l’ouverture de deux jarres de bière de riz, l’une destinée à décompter les objets entrant dans le paiement (par le jeu des brindilles cassées ) et l’autre prévue pour conjurer les injures. L’entremetteur assume la responsabilité du contrat en recevant un bracelet de laiton passé au poignet, signe d’un engagement ferme. L’entremetteur est à la fois le courtier, le garant de l’acheteur, le porte-parole du vendeur et le témoin de la transaction. Dans une société mnong sans écriture, le rôle de l’entremetteur est très important car par ses paroles et son engagement, cela permet d’assurer la publicité du marché conclu. Toutes les dépenses supplémentaires citées ci-dessus ( deux jarres, une bête consommée sur place, des cadeaux au porteur et au ndraany) ne sont nullement prises en compte dans l’évaluation de la valeur totale du bien acquis. En cas de litige, chaque partie a un ndraany jouant le rôle d’avocat. Dans un procès, ce sont les ndraany de deux parties qui parlent, discutent et émaillent leurs propos « de dits de justice » versifiés.

Il y a un cas particulier où l’échange est à équivalence absolue (le caan). Un sacrifice du buffle est exigé lors du dialogue entre le chamane et le génie qui est prêt de lâcher sa victime malade. Malheureusement, la famille de cette dernière n’en possède pas pour honorer rapidement ce sacrifice. Elle est obligée d’acheter un buffle à la façon caan chez un habitant du village ou d’un autre village et de lui rendre une bête de même taille dans un délai d’un ou deux ans sans aucune compensation. Dans ce cas, l’échange correspond bien à la vente rémunérée sans intérêts.

Publié le 20 septembre 2022, dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Merci pour ces photos et commentaires, très intéressants, comme toujours. Pouvez-vous m’indiquer le lieu exact (huyện Lắk, Dak Lak ?) et de quel sous-groupe M’nông il s’agit (M’nông Rlăm ? M’Nông Prâng ? M’Nông Gar ?). Le costume féminin ressemble beaucoup à celui des Ede, très différent des M’Nông de Dak Nong qui est dans les tons verts.

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    • Bonjour !!!
      Merci pour votre commentaire …moi aussi j’ai été très étonnée de voir ce costume très similaire à celui des Ede …J’ai d’ailleurs posé la question …On m’a répondu que dans cette région les Mnong étaient un petit groupe comparé aux Ede (qui vivent à moins de 30km de là) et qu’ils avaient adopté beaucoup de de traditions de ces derniers … D’ailleurs les maisons longues sont très similaires !!! Les Mnong que j’ai rencontrés vivent près du lac Ko Làk…le nom du village est Buôn Tun Làk…Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus au niveau du sous groupe !!!
      Je suis beaucoup plus experte sur les ethnies du nord que sur celles du centre mais j’essaierai d’en savoir plus lors d’un prochain passage probablement l’année prochaine en septembre.
      Je vous souhaite une très bonne journée
      Très cordialement
      Martine

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