Inde 2025 : petit festival sur la route vers Rayagada
Sur la route pour aller à Rayagada on repère un rassemblement très coloré de villageois …avec des tambours : eux aussi célèbrent le festival Danda Jatra …en fait à cette période, tous les villages célèbrent Danda Jatra.
Je me précipite hors de la voiture et suis accueillie comme une reine !!!
Ils veulent tous que je les accompagne jusqu’au village où il y aura des danses et je suis super partante !!!
Mon guide rabat joie n’est pas du tout d’accord et insiste pour que l’on continue notre chemin …je fais trainer les choses pour prendre quelques photos et finit par céder après une belle dispute : mon voyage commence bien !!!
Dans ce défilé assez différent de ce que j’ai vu précédemment beaucoup de participants portent des déguisements et des masques plutôt rigolos.
Plusieurs participants sont des transgenres également …





Au sujet du festival Danda Jatra, les pénitents se déplacent de village en village et se produisent dans une maison sur invitation.
Qu’un membre de la famille soit sans enfant, pauvre ou atteint d’une maladie incurable, le chef de famille fait généralement vœu de devenir bhakta ou pénitent la prochaine fois, si ses souffrances sont apaisées par la présence du pénitent.
Pour ce faire, la troupe danse et chante, priant pour le bien-être du chef de famille. Ils sont accompagnés d’instruments de musique comme le dholo (tambour), le jhanja (cymbales), le mahuri ou le kahali (trompette), le magaravina (un arc à grelots), le mukhavina (un instrument à vent de type shahanai), le gini et le kartal, etc.










Les hijras présentes sur ce festival sont magnifiques …
Les hijras existent depuis l’Antiquité. Dans l’hindouisme, les filles hijra adorent le plus souvent la déesse Bahuchara Mata qui est considérée comme la patronne de la communauté hijra, ou le dieu Shiva, ou les deux. La culture des hijras est influencée par les traditions de plusieurs religions.
Dans certaines versions du Ramayana, lorsque Rāma quitte Ayodhya pour un exil de 14 ans, une foule de ses sujets le suit dans la forêt. Rāma leur demande de ne pas pleurer et de retourner à Ayodhya. Lorsqu’il revient dans cette ville après une absence de 14 ans, il constate que les hijras, n’étant ni hommes ni femmes, n’ont pas bougé de l’endroit où il a prononcé son discours. Impressionné par leur dévotion, Rāma accorde aux hijras le pouvoir de conférer des bénédictions lors d’occasions comme l’accouchement et les mariages. Ce pouvoir supposé est à l’origine du rite du « badhai » au cours lequel les hijras chantent, dansent et donnent des bénédictions.
Le Mahabharata comprend un épisode dans lequel Arjuna, un héros de l’épopée, est exilé. Il assume alors une identité d’eunuque-travesti et effectue des rituels lors des mariages et des accouchements que les hijras sont censés perpétuer aujourd’hui.
En Inde du Sud, les hijras revendiquent Iravan, personnage du Mahabharata, comme leur ancêtre, et s’appellent eux-mêmes « Aravanis ». Dans le Mahabharata, Iravan offre son sang à la déesse Kali pour assurer la victoire des Pandavas lors de la guerre de Kurukshetra ; Kali accepte de lui accorder le pouvoir. La veille de la bataille, Iravan exprime le désir de se marier avant de mourir. Aucune femme n’étant disposée à épouser un homme destiné à mourir quelques heures plus tard, le Seigneur Krishna (comme Mohini) l’épouse.
Dans le Giridhara Ramayana, la future rishidi, autrice des hymnes de la Rigveda, Lopamudra est un prince avant son mariage avec l’ascète Agastya.
Les Hijra avaient pour titre traditionnel celui de Tritîyâ Prakriti, « troisième Nature », incarnant à leur façon le Seigneur Ardhanari ; les Tritîyâ-Prakriti n’étaient pas castrés chez les hindous (pratique interdite par l’Union indienne) et seuls ceux qui s’occupaient de la surveillance des harems d’autrefois appartenant aux conquérants musulmans l’étaient ; ils ne sont pas non plus tous homosexuels ou prostitués et ont un puissant pouvoir et caractère sacrés selon l’hindouisme orthodoxe.








Les Hijras sont criminalisés pour « indécence publique » au xixe siècle par les lois britanniques de 1871. Leur classification dans le Criminal Tribes Act est abolie en 1952 mais leur stigmatisation sociale est restée inchangée dans les décennies qui ont suivi.
Sous l’Empire britannique, ils étaient désignés à tort comme eunuques, eux-mêmes ne se considérant ni comme des hommes ni comme des femmes, mais comme des personnes « agenres ». Les « eunuques » suspects portaient en public ce que les autorités britanniques ont présenté comme des vêtements féminins. Il suffisait qu’une personne se livre aux activités traditionnelles de la hijra, la danse publique et le port de vêtements féminins, pour devenir « raisonnablement suspecte » d’enlèvement, de castration, de sodomie, et pour faire l’objet de contrôles policiers. Bref un certain président américain n’a pas évolué depuis le temps de la colonisation britannique …
Le Criminal Tribes Act était sous-tendu, d’après l’historienne Jessica Hinchy, par la volonté de « provoquer l’extinction progressive de la communauté Hijra ». Cependant les Hijras ont élaboré des stratégies pour déjouer la surveillance des autorités. Les hijras du nord de l’Inde ont migré vers d’autres provinces où ils n’étaient pas fichés par la police. Ils ont continué à danser. Lorsque l’affirmation publique de leur identité de genre féminine était trop risquée, les hijras associaient vêtements masculins et féminins.
Mon guide m’ayant abandonnée, je ne connais pas la signification des masques portés par mes nouveaux amis !!!







Celui sur la photo ci dessus est vraiment très laid …
Le 15 avril 2014, dans l’affaire « National Legal Services Authority versus Union of India », la Cour suprême de l’Inde a statué que les personnes transgenres devaient être traitées comme une troisième catégorie de genre ou comme une classe socialement et économiquement « arriérée » (Other Backward Classes) ayant droit à ce titre à des droits spécifiques en matière d’accès à l’éducation et à l’emploi.
La loi sur les personnes transgenres (protection des droits) de 2019 (Transgender Persons (Protection of Rights) Act, 2019 (en)) est une loi du Parlement indien ; elle a provoqué les critiques et les protestations des avocats et des militants transgenres en Inde. Elle n’intègre pas des principes conformes à l’arrêt de la Cour suprême dans l’affaire « National Legal Services Authority versus Union of India (NALSA v. UOI) » en 2014, tels que le droit des personnes transgenres de déclarer leur identité de genre auto-perçue. sans subir une chirurgie de changement de sexe, et des réservations dans les emplois et les établissements d’enseignement.
La loi a également été critiquée pour avoir infligé moins de peines pour les crimes contre les personnes transgenres par rapport à la peine pour les crimes contre les personnes cisgenres.
Le 27 janvier 2020, la Cour suprême a adressé un avis au gouvernement central dans une requête contestant la constitutionnalité de la loi.
Bref personne n’est parfait !!!











L’identité sexuelle des hijras est incompatible avec la taxonomie occidentale moderne du genre, de sexe et de l’orientation sexuelle. La plupart des personnes hijras naissent mâles mais certaines peuvent naître intersexuées (avec des organes génitaux ambigus). Dans la culture occidentale, elles sont souvent perçues comme des filles du troisième sexe et la plupart se considèrent à la fois comme des hommes et des femmes. Cependant, certains hijras se considèrent ou sont perçus par la société indienne ou bengalie comme des femmes, en tant qu’hommes de sexe féminin ou intersexués.
Parallèlement, certains d’entre eux, principalement influencés par des orateurs anglophones s’appuyant sur le discours international concernant les minorités sexuelles, se considèrent désormais comme transgenres ou femmes transsexuelles mais les Hijras n’essaient pas d’amener l’environnement à les percevoir comme des femmes.
Les hijras sont considérés en Inde traditionnellement avec respect et méfiance. Respect, car leur castration est très symbolique par le fait que l’individu mâle est celui par qui la famille est perpétuée, et elle leur confère un pouvoir de fertilité pour les Hindous.
C’est pour cette raison qu’ils assistent, contre rémunération, à des mariages pour assurer ainsi que le couple soit fertile, et également à des cérémonies de naissance et autres. Ils sont censés tenir leur pouvoir de la déesse hindoue Bahuchara Mata. La méfiance vient du fait qu’ils sont également considérés comme capables de jeter le « mauvais œil ». Ainsi, quand ils sont en colère, ils frappent leurs mains fortement pour effrayer la population car le claquement des mains rappelle le claquement des corps durant un rapport sexuel.
Depuis la colonisation de l’Inde par le Royaume-Uni, la perception des hijras a changé et une partie de la population les méprise pour des raisons homophobes. Les Hijras vivent généralement en marge de la société et leur statut est très bas, parfois inférieur à celui des Intouchables. Ce changement de perception par la société pousse certains à s’identifier comme femmes et non comme asexués. Beaucoup pratiquent le travail du sexe et mendient. Les filles de Hijra et en particulier celles qui vivent de la prostitution sont victimes de violences graves dans les lieux publics, dans les postes de police, dans les prisons et à domicile.
Depuis la fin du xxe siècle, les ONG occidentales reconnaissent officiellement les femmes de Hijra comme appartenant au genre III, qui ne sont ni des hommes ni des femmes. Les militants des droits de l’homme et les organisations LGBT cherchent à les généraliser sous le terme « transgenre ».
La Cour suprême indienne a rendu plusieurs décisions importantes en leur faveur dans les années 2010 (2014, 2018). Les gouvernements des États de l’Inde ont œuvré depuis à la protection des hijras dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’emploi. Ainsi par exemple, la nomination de Manabi Bandopadhyay comme directrice d’un établissement universitaire, le Krishnagar Women’s College (en) en 2015, est considérée un acte politique en faveur des hijras et de leur intégration dans la sphère de l’enseignement supérieur. Leur visibilité au sein de la société s’améliore grâce aux arts de la rue.






Le petit garçon sur la dernière photo a bien besoin d’une aide divine pour retrouver la santé !!!
Après leur épreuve, les danduas rompent le fil sacré lors d’un bain, marquant ainsi la fin du Danda Nata. Ils savourent ensuite un festin de plats non végétariens, clôturant ainsi la cérémonie sous de bons auspices.
Les Danduas observent cette cérémonie qui dure plusieurs jours avec un profond dévouement, faisant preuve d’une foi et d’une dévotion remarquables. Chaque instant reflète une profonde révérence, transmise de génération en génération, rendant cette tradition ancestrale véritablement unique.
Pour revenir aux transgenres, certaines jeunes femmes déclarées garçons à la naissance et qui veulent exprimer pleinement leur identité de genre féminine deviennent hijras. Elles peuvent être de sexe masculin comme féminin. Trop compliqué pour Trump !!!
Aujourd’hui, certains groupes Hijra peuvent subir une chirurgie de changement de sexe qui leur permet d’avoir des relations sexuelles mais ces cas restent rares. Manabi Bandyopadhyay et Titsa Das en sont des exemples célèbres en Inde.
Traditionnellement, les hijras sont émasculés pendant l’enfance ou l’adolescence, bien qu’une minorité soit intersexe.
La castration est appelée « nirvan » qui signifie « renaissance » ; elle est réalisée lors d’une cérémonie par le dai (sage-femme traditionnelle) et implique l’ablation complète à l’aide d’un couteau et sans anesthésie du pénis, des testicules et du scrotum. Les cris des castrés sont brouillés par le son des trompettes.
Les Hijras portent des vêtements de femmes et adoptent des rôles de genre féminins. Ils ont une longue histoire documentée dans le sous-continent indien, de l’Empire moghol à nos jours, qui raconte divers rôles dans la culture du sous-continent – certains sont caractérisés par la liminalité de genre, certains sont spirituels et certains sont liés à la seule survie individuelle.
Aucun recensement fiable n’existe sur le nombre d’hijras en Inde, mais on estime qu’ils sont environ entre 500 000 et un million.
Publié le 23 décembre 2025, dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.










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